[Critique] YOUR NAME de Makoto Shinkai

« Your Name », comment l’espace et le temps sont magnifiés.

Il y a de ces films que l’ont trouve parfait, où on ne peut rien reprocher. Il y a de ceux qu’on déteste viscéralement. D’autres qu’on aime pour ses défauts… Ici, ce film d’animation fait partie de ces films qu’on aime, et qui, malgré ses quelques failles, arrive à t’émouvoir sans pareil.

Your Name nous plonge dans le récit de deux destins apparemment très différents, mais dont les liens vont étrangement se resserrer au fil de l’histoire. Mitsuha, la fille, vit dans une zone du Japon en pleine campagne, pittoresque à souhait, elle désire pourtant s’en aller dès que possible. Taki, le garçon, s’ennuie dans son banal quotidien à Tokyo. Quoi de plus étrange qu’un possible échange entre ces deux êtres dont, à première vue, tout oppose. Par quelque magie inexplicable, leur destin va se réunir par delà toutes les barrière, physiquement infranchissables jusqu’ici.

 

Une histoire à chuchoter

Je ne veux surtout pas déflorer le bonheur de découvrir la suite et fin de cette histoire qui a réussi quelque chose, prendre possession des  espaces et surtout les gérer de façon magnifique. En fait, c’est typiquement le film d’animation qui a l’ambition de ses moyens, et surtout se permet, par sa technique, de se justifier d’être sous forme d’animation plutôt qu’en prise de vue réelle. Tout y est, l’ambiance, le contexte, la personnalité des personnages et principalement le fait d’aller au bout d’une idée qui pourrait vite paraître grotesque. Non… ce film m’a définitivement fait du bien et fait réfléchir.

Loin d’être un pourfendeur invétéré de ce genre de film (il m’en reste beaucoup à voir), je recommande à quiconque de s’ouvrir à ce film, qu’il soit expert en film d’animation japonais ou non. Ce film prouve déjà qu’il n’y a pas que les studios Ghibli au pays du soleil levant. Mais là où je pointerai des défauts, c’est principalement dans sa forme qui peut, avec un peu de mauvaise foi, peut donner le tournis, à force d’entrer dans cet univers littéralement virevoltant. On vient à se demander si on ne prend pas trop au sérieux un drama d’adolescents qui ne mérite pas plus qu’un sourire en coin. Au contraire ! Cette fragilité de notre enfance, pour peut que nous l’ayons tous un jour vécue, se retrouve rassemblée dans cet univers qui glorifie nos sentiments d’un passé proche. S’il y a bien un moment où l’on peut frôler avec le pathos et le sentimental, c’est bien dans ce contexte. Pour faire simple, au diable le doute qu’on peut avoir sur les contes invraisemblables de notre enfance. Quand bien même on les remet en cause maintenant, si on y a cru un jour, c’est que c’était important d’y croire.

Retour à l’irréalité

Bien sûr, on peut aussi pointer la fin qui patine; au delà de tout jugement intellectuel, le film a le droit de souffrir de problèmes plus superficiels. C’est sans douter ce qui peut également faire son charme : jouer avec nous, aller au bout de son récit, avec les trébuchements ponctuels qui ajoutent au charme. C’est comme une tape sur l’épaule, un rappel que sui on a pu être et qui on se doit de respecter dans son psychisme le plus total, nous-même. Your Name est une porte en entre-bâillement sur notre folie la plus saine.

Notez que la mise en scène qui arrive dès son générique (qui ressemble à un générique d’animé) à nous faire comprendre l’univers dans lequel on entre. Au final, ça nous amène à voir une maîtrise des espaces, une cohérence dans le récit par rapport à un contexte somme toute proche de la réalité, et surtout un contraste par rapport au temps qui nous fait du bien. On comprend qu’on est pas tout seul à sentir que la Terre ne tourne pas à la même vitesse pour tout le monde. Les time-laps sur les nuages qui avancent rapidement au dessus de Tokyo n’ont jamais été aussi bien contextualisés que dans Your Name.

Ce film est beau, et risque par cette beauté de nous faire du mal, car il réveille chez moi des fissures par des mouvements ambigus. Une fois qu’on entend cette histoire, on veut en connaître son aboutissement, que ça finisse bien ou mal. Pourvu qu’on aille au bout du film. C’est dans ces moments qu’un film comme celui-ci nous prouve qu’on est pas toujours tout seul sur cette planète…

affiche victoria

Notation : 8/10
2016
107 min