Critique : DESPUES DE LUCIA de Michel Franco [CANNES 2012]

Il y a des débuts qui commencent mal et qui virent au chef d’œuvre, c’est le cas de ce film. Pas toujours parfait dans la forme, mais avec un fond et une histoire tellement forte, dont je suis personnellement sensible, qui donne une des bonnes surprises de Cannes 2012. J’ai confiance en le cinéma mexicain (quoique il faudrait que j’aille voir Post Tenebras Lux).

Ce film est une véritable claque, et il mérite franchement son prix Un Certain Regard à Cannes. Comment un père et sa fille recommence leur vie ailleurs après la mort de la maman. Ici, pas de moment émotion avec des flashbacks, car pour ainsi dire, l’émotion est présente tout le temps. Les personnages existent, la tournure de l’histoire prend vraiment un côté sombre comme je les aime. Et si l’actrice principale m’énervait au début, elle s’est révélée au fur et à mesure de plus en plus juste.
Beaucoup de point discutables : plans imparfaits, passivité de la jeune fille dans la deuxième partie du scénario, etc. Mais je suis passé au dessus de ça, étant tenu par l’histoire bourrée de vérité, et constat terrible de notre époque. Car on ne parle pas assez correctement de la cruauté des adolescents actuellement et du danger qu’internet amène derrière ses avancées technologiques. Des thèmes « bateau » en apparence.

Ce film est une proposition superbe, et simpliste à la fois du début d’un drame sur un autre drame. Car oui, la perte de la maman est vite mise de côté pour une autre histoire dans le film. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de garder en mémoire la douleur de la disparition maternelle en filigrane avec les terribles moments vécus ensuite par la jeune fille. Les interventions du père, bien placées dans un montage un peu surprenant et surtout marquant nous amène à une fin vraiment bizarre mais qui a le mérite de nous laisser plus songeur que médusé. On est réellement proche de ces personnages, peu de musique ou de sons dérangeants, juste des ambiances superbes dans la cuisine où la père travaille, ou les séquences en voiture. Plein de moments qui vous font aimer le cinéma.

Paris donc gagné pour Franco, qui n’en est pas à son coup d’essai et mérité vraiment de lancer sa carrière internationale avec ce film bouleversant. Si vous aimer (c’est un peu générique) le cinéma social sans tomber dans le misérabilisme, si vous êtes sensible à des scénarios aussi simples en apparence mais cachent une complexité et une réflexion qui relèvent du talent mexicain, que ce soit dans le visuel, que chez les acteurs, et le réalisateur !

Ma cotation (de 0 à 4 étoiles) : ***1/2