Critique : THREE TIMES de Hou Hsiao-hsien

Connaissant de vue ce genre de cinéma, mon envie de l’approfondir à la Cinematek de Bruxelles était grandissante. Je saute la pas ! De sa soixantaine toute fraîche, le réalisateur taïwanais Hou Hsiao-hsien se permet encore des tentatives improbables de films. Et l’on ne peut rester que muet face à ce genre de tentative, tant l’oeuvre se rapproche de la symphonie cinématographique, et étonne autant que désarme. Remarqué au Festival de Cannes de 2005, nous découvrons trois histoires d’amour.

Là où le concept peut prêter à sourire, il s’avère en fait être un univers unique dotée une puissante analyse documentariste. L’idée est simple, d’abord raconter trois rencontres amoureuses en trois temps (nommés Le temps de la jeunesse, Le temps de l’amour,…) à travers trois époques différentes que sont 1911, 1966 et 2005. Ensuite utiliser le même couple de comédiens (Shu Qi et Chang Chen) pour interpréter les trois différents couples de personnages. Beau cadeau pour des acteurs que de pouvoir travailler trois personnages pour le prix d’un seul film.

Au moment où on pourrait se contenter de jouer sur le concept, le taïwanais redouble d’inventivité en personnalisant les époques, leur mise en scène et le point de vue. On observe alors que la timidité d’une relation dans les années 60 laisse place aux baisers innombrables en 2005, ou à la retenue au début du siècle dernier.

On commence donc dans une mise en scène proche du conte de fée en 1966, où commence une rencontre, qui s’enchaîne sur un 1911 devenu muet (mais pas noir et blanc !), pour se terminer dans un 2005 peu flatteur. L’oeil de Hou Hsiao-hsien se veut presque une condamnation de l’époque actuelle, et pourtant il aime ses personnages. Il les insère dans des périodes toutes les trois riches et singulières. Il semble même raconter une histoire à travers les trois époques, puisque on vit dans un premier temps une rencontre, puis l’engagement, et enfin la rupture. Néanmoins, ce n’est pas aussi limpide que ça. Et l’idée a tendance à être vampirisée par les mises en scène. Ainsi la deuxième partie (en 1911) paraît par moments interminable, et devient une libération quand elle se termine enfin ! On étouffe par moments, tant les plans sont serrés en permanence (peu voire pas de plans d’ensemble). Il faut résister jusqu’à la troisième partie pour mettre en perspective toute la valeur historique et découvrir la profondeur des destins amoureux (mal)heureux. La musique est y fascinante et fidèle, comme aux premières parties. Le rythme est perturbant (surtout au niveau sonore) mais maîtrisé. Les relations avec les personnages secondaires approfondis un peu tard…. Mais on ne manquera pas de se laisser abandonner dans cette prise de recul sur la conception de nos relations. C’est comme ça, on ne l’accepte pas toujours, mais c’est avant tout le contexte et l’époque qui définit nos histoires d’amour (ou ce qui y ressemble).

On en vient à oublier l’exercice, on sent que le réalisateur est aussi un photographe talentueux. Cela ne révolutionne pas le genre, ça reste contemplatif et très lent, comme le cinéma asiatique d’auteur semble nous habituer. Pourtant, c’est avec de genre de postulat de base très original qu’on arrive sur des créations aussi uniques et surprenantes.
Outrepassez les petits défauts et expérimentez ! Le cinéma taïwanais ne demande qu’à être embrassé.

Notation : 7/10

 

2005
132 min
Fiche du film

Été 2015

Tiens tiens, que ce site a pris la poussière depuis mon dernier passage… Il serait temps de passer un coup de nettoyage !

Rendez-vous dans quelques jours…

 

Anto.

Critique : LIKE SOMEONE IN LOVE de Kiarostami [CANNES 2012]

Si vous pensez voir un « Bref, le film », n’aller pas voir ce Kiarostami. Mais contrairement à Cosmopolis ou On the Road, ce film-ci vaut un peu plus le coup. Ses lenteurs mettent en place des ambiances assez réussies. Le peu d’ellipses n’est pas pesant, les acteurs sont attachants, et les hors champs sonores typiques du réalisateur. Voilà, ça c’est la superbe première demi-heure, ou plutôt la première heure (mais je croyais qu’on en était qu’à une demi-heure).

Du reste, le film devient rapidement lent vers la fin. Et le final qui étonne et dynamise n’arrange rien. Pire, il nous laisse sur notre faim. Autant le supprimer et rester dans cet univers planant jusqu’au bout.

Ma cotation (de 0 à 4 étoiles) : *

Critique : DESPUES DE LUCIA de Michel Franco [CANNES 2012]

Il y a des débuts qui commencent mal et qui virent au chef d’œuvre, c’est le cas de ce film. Pas toujours parfait dans la forme, mais avec un fond et une histoire tellement forte, dont je suis personnellement sensible, qui donne une des bonnes surprises de Cannes 2012. J’ai confiance en le cinéma mexicain (quoique il faudrait que j’aille voir Post Tenebras Lux). Continue reading →