Jour 1 – mercredi 12 novembre 2025
Étrange que ce départ. Lessivé par l’année. Enfin une semaine complète de congé comme je n’en n’avais pas eu depuis presque un an ! Je sors d’un tournage d’un court-métrage. Lundi était le denier jour. Mardi devait être le départ. Trop. Fatigué… Alors je décide de me reposer et de peut-être partir le mercredi. Les prix des trains depuis Lille étaient encore intéressants. Je pensais passer voir des gens entre Lille et Bruxelles. Notamment partir avec un ami mardi mais qui était tombé malade. Au final, je pars en train en fin d’après-midi mercredi simplement pour traverser la frontière depuis Tournai. Étape problème la plus banale. Il fait froid. Je roule dans un zoning. Je ne fais même pas de pavé de Roubaix. Je revois les routes que j’avais faites l’année dernière en terminant le voyage Sud de 2024.
Pourtant, les couleurs du soleil se couchant font du bien. Je revois mon couple d’amis et leurs deux filles. C’était chouette. Et on démarre de départ pour le lendemain après un bon Chili. Je dormirai 3 heures.
Jour 2 – jeudi 13 novembre 2025
Encore un détail, le départ du train vers Bordeaux démarre dans une ville à côté de Lille… Tourcoing. Je me lève entre 3 et 4h. Rouler la nuit, c’est fluide. Je me réhabitue à plier le vélo dans le sac. Je teste des sacs de fourche sur un cadre sans œillets. Ça glisse encore un peu et j’essaye de bien les serrer. Pas d’enlever les fontes de la fourche ni les sacs de guidon et de cadre. Juste les sacs de fourche et arrière qui seront avec moi dans le train qui m’amène en 5h à Bordeaux. Il sera 11h.
Je remonte le vélo en sortant du train. Je me balade et mange des restes ramenés de Belgique sur une place le long de la Garonne. Belles petites rues. Eglise en travaux. Marché et ambiance plus chaude qu’en Belgique. Ça fait du bien.
Je remonte le vélo en sortant du train. Je me balade et mange des restes ramenés de Belgique sur une place le long de la Garonne. Belles petites rues. Eglise en travaux. Marché et ambiance plus chaude qu’en Belgique. Ça fait du bien.
Je stress cependant déjà sur la suite de mon parcours.
J’ai la chance de capter un ami habitant à Bordeaux que je n’avais pas vu depuis 3 ans. On traîne dans un café assez fancy : l’Alchimiste. Il me raconte et me ramène le magasine papier qu’il édite régulièrement sur Bordeaux pour relater la vie culturelle du coup. Beau projet.
Je raconte mes projets de voyages. Et ce projet de voyage. On se quitte en espérant se revoir (pas pendant ce séjour au final). Je pense toujours aller en Dordogne et Gers. Plus calme et isolé. Je peux espérer rejoindre Toulouse, et Montpellier. Voire faire un détour par les Pyrénées et un village en Espagne. C’est ambitieux. Trop.
Et ce premier jour, je pense pourtant à aller voir l’océan Atlantique. En me disant que je vais relier la mer Méditerranée et l’océan. J’hésite encore entre ça et aller directement vers l’Est. Un host de Warmshower me répond. Il est au Cap Ferret à l’Ouest. Et le répond de lui écrire sur WhatsApp. Je vois un signe. De plus, je n’ai pas contacté d’ami à croiser si j’allais vers Toulouse ou lus loin. Le plan n’est pas sûr mais je me dis que comme ça je vois l’océan puis j’irai faire demi tour et aller vers Toulouse par Créon. Voire de reprendre le train vers Bordeaux pour gagner du temps. Ou même relier l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. Un peu tordu mais ça me convient. Je roule et c’est des longues lignes droites après une sortie par les habituelles zones industrielles d’une ville. C’est déjà dépaysant de voir des pistes cyclables longues. Je croise des cyclistes notamment qui semblent rentrer de boulot. Je suis un cycliste dans sa roue pendant plusieurs kilomètres et me met une chouette cadence. Je lui donne mon Instagram tour en roulant.
J’espère arriver au Cap Ferret et voir l’océan avant le coucher du soleil. En fait c’est tout de même 60 km pour y aller. Je me retrouve sur une grande route quand le soleil est quasi parti. Puis encore de la piste. Encore des gens dessus. J’arrive sous un pont de route pour voitures. J’hésite à continuer. Je trouve un peu tard le numéro du Warmshower. Je me sens con de le relancer aussi tard et surtout d’être aussi mal chanceux et organisé pour trouver en basse saison quelqu’un pour m’héberger comme ça en dernière minute. Il ne répondra jamais.
Des jeunes me surprennent avec de serpentins en spray. Je me rappelle avoir vu l’ancienne gare de Lege 1.7 km avant. J’y retourne car il y avait des gens dedans. Et un grand terrain pour mettre éventuellement une tente. Je me dis Je je peux la mettre dans demander. Discret. Puis je m’imagine demander. S’ils disent non c’est fâcheux. Mais je tente quand même. Ils sont ok et me proposent même de dormir à l’intérieur. Ma tente tout de même montée dehors je pose le matelas dedans, dans ce qui est en fait une salle polyvalente et essentiellement faire pour un club de chasseurs du coin. Ils avaient une réunion pour effacer les traces avant la battue qui aura lieu un ou deux jours après. Alcool fort, Ricard, coca, olives avec noyaux et biscuits. Je commence un peu à filmer avec mon Lumix GX85.
Je ne me sens pas bien à ne pas trop savoir où aller.
Je sors et recharge tout (batteries et corps humain).
Réveil lent, un des chasseurs est là sachant déjà ma présence mais inquiet que j’aurais pu être piéger par une alarme automatique et avoir les flics qui viennent. Heureusement non, on réchauffe du café. Je range tout. Dont la tente qui n’aura pas vraiment servi. Si ce n’est m’entraîner à m’utiliser. Je nettoie mes traces. Faux départ puis vrai départ. Je pars en pensant passer par Biganos car c’est le chemin de la Velodyssee (Eurovelo 1) vers Arcachon. Et Biganos sera l’occasion de trancher entre aller vers Toulouse ou vers San Sebastian (plus court mais spectaculaire, mais peut être aussi monotone avec les forêts de pins et les Landes et le côté touristique).
Jour 3 – vendredi 14 novembre 2025
Ici aujourd’hui, tout bascule. J’alterne encore entre nuits longues et courtes avant de trouver un rythme de sommeil régulier pour la suite du voyage. Ce matin je me réveille de 11 heures de sommeil. Il est 9h, je pensais partir vite. Un chasseur débarque et me dit que j’ai de la chance que l’alarme ne se soit pas activée. Un de ses collègues plus vieux de la veille m’avait autorisé, mais visiblement celui-ci n’avait pas compris que je dormais dans l’ancienne gare (malgré ma tente déjà plantée dehors). J’aurais pu me choper la police avec cette alarme.
Mais à la place, on boit un café froid de la veille. D’autres passent le saluer. Je finis d’empaqueter le vélo pour redémarrer. Je ne laisse rien derrière moi.
Cap Ferret ! J’hésite à aller voir la mer déjà là. Mais c’est un aller retour inutile. Je vois que je peux passer près d’un port en continuant sur la Velodyssée… Alors faisons ça. Plus confortable.
Ça roule. C’est un peu monotone. Une biche passe devant moi. La particularité d’un cycliste belge est qu’avec sa densité de population la Belgique permt de rouler et de toujours avoir quelque chose sur son chemin tous les km. En Franche. Tu peux faire 15 km sans rien trouver.
Après une heure, je bifurque vers le port.
Tour va bien : je me dis que je verrai dans une heure quand j’arrive à Biganos si je reste dans cette région ou si je m’en tiens au voyage initial et je rentre vers Bordeaux en train ou à vélo pour rouler vers Toulouse. Sauf que. Je passe un petit pont en métal qui fair rebondir mon vélo. Et là ma sacoche de fourche avant droite se détache et glisse dans mes rayons. Ça dérape. La roue ne roule plus. Je freine (heureusement je voulais lentement). La roue est voilée. 3 rayons impossibles à serrer. Je démonte le sac de droite. Les pommes dedans sont broyées. Je mange un reste de tapenade pour faire le point car on approche de midi. Je dévoile légèrement la roue mais je suis dégoûté. Ces sacs de fourche et ces fontes sont solides mais le système d’attache avec gros colsons n’est pas assez sûre. Pas d’oeillets sur la fourche. Et sa forme met naturellement le bord des sac dangereusement proche de ma roue. Autant dire que déjà ma veille je trouvais que les sacs ne tenaient pas vraiment. Notamment parce que la moindre secousse te fait transsir et espère que les sacs tiennent. Même en ayant tenter de mieux serrer ou repartir le poids. Par chance, ces sacs peuvent se porter sur avec bandoulière. C’est inconfortable mais moins dangereux. Je trouve un garage à côté… Fermé. De tout façon c’était pour juste déplier la fonte démontée. Alors je vois un vélociste 2 km plus loin. J’y vais.
Mais avant, au bord de ce port, j’en profite pour filmer une première fois la radio que j’avais emportée. Juste comme ça.
Le réparateur est dans un zoning commercial, à côté d’un Aldi. Julien, le gérant, est tout seul dans son petit magasin étriqué qui propose des locations. Il me voit et entends mes simagrées. Il aurait pu me juger 10 fois mais restait silencieux et pragmatique. Il commence en me proposant une autre roue, compatible, même qualité voire meilleure. De la récupération comme neuve pour lui, moitié prix pour moi. J’accepte par marmots.
Il constate que des bruits de craquement quand ça pédale témoignent d’une transmission en fin de vie. Il me recommande de remplacer par les pièces de même référence pour que ça passe. Mais ça coûte. Je pensais faire ça avec des pièce plus cheap à Bruxelles. Ici je me dis que l’investissement sera anticipé et avec des pièces plus compatibles. Mais ça irrite.
De plus, nous sommes vendredi. Les pièces -chaîne et cassette Sram- arriveront au mieux samedi. Mais probablement mardi. Instinctivement, cela fait basculer mon voyage.
1- J’enlève mes sacs de fourche par sécurité pour éviter un autre accident plus grave.
2- Je souffle un coup en me disant que ces dépenses étaient prévisibles, pas une perte sèche.
3- Je commence à réfléchir où dormir ce soir et où aller.
Je me retrouve à me dire que je resterai du côté de Bordeaux si je dois repasser par ici mardi (ou vers la fin de mon voyage au plus tard le samedi suivant).
Alors j’accepte. Déjà pour la roue, je patiente dans la pizzeria à côté et en mange une (j’ai hésité le poulet crousty, spécialité de la région). Le voyage devait être calme et sans depenses. Dès lors, c’est tout l’inverse. J’ai fait la journée de Julien. Je perds facilement 3 heures de roulage. Moi qui pensait faire 100 km aujourd’hui.
Je passe la gare de Biganos. Et je continue la Velodyssée. J’arrive péniblement vers Arcachon. Je cherche un camping. Toujours aucune réponse sur Warmshower. J’écris à une personne qui a mis son jardin en camping sur Google Maps. Il est étrange de passer de beaux coins en pleine nuit alors qu’il est 18h, que tu ne sais pas où dormir dans un coin plein de riches et désertique car en basse saison.
Je vais au Decathlon du coin par dépit. Peut être ils ont des fontes qui iront sur mon vélo plutôt que les porter en bandoulière (une dans mon dos, l’autre vidée et pliée par dessus mon sac arrière. Ça commence à faire lourd ! Mais le vendeur, après m’avoir proposé un système mais de serrage que j’ai refusé par précaution, il ne donne une astuce pour squatter le camping encore ouvert en novembre. Je passe près de la dune du Pilat. Je tombe sur ça panneau « Pourquoi ici? ». Je songe dormir dans le parking bien que ça soit illégal et surveillé. Je roule vers Arcachon. Je passe une ville bien rodée et peu enclin à me laisser mettre ma tente n’importe où. Je passe une maison pour jeune qui a l’air d’avoir des logements, mais avec une réception fermée et un accès sécurisé. Trop dangereux. Je vais au camping. Qui est en hauteur près d’une pente de ski. Je rentre dans le camping où il n’y a pas de place pour campeurs. Mais je trouve un endroit cache plus loin entre des lodges. Je mets ma tente. Puis je pars en ville. Ça me rappelle La Grande Motte l’an passé. Balnéaire. Nocturne.
Au kebab de la gare, le patron Hamza voit mon vélo et me demande ce qui se passe. Je lui raconte. Il m’aide à positiver et me dit que c’est un mal pour un bien. Que je dois laisser les choses venir car ça va aller. Il me remonte le moral. Je cherche une glace après mais trop tard. Je rentre au camping où je fais comme si j’étais en droit d’être là. Je vais aux douches. Je nettoie mes vêtements en espérant qu’ils sèchent (spoiler : non. Ou très peu et il faudra qu’ils sèchent au vent demain). Je traîne dans les douches. Je charge tous mes appareils. Je vais dormir tard. Le réveil sera très tôt. Avant l’ouverture de la réception. J’aurai été un campeur fantôme à Arcachon ce soir là. Dans une étape courte mais qui fait basculer mon voyage.
Jour 4 – samedi 15 novembre 2025
Je pensais encore une fois faire une longue étape malgré les bruits de craquements et le sac sur le dos. Je démarre fatalement très tôt. Alors autant retourner aux dunes. C’est le chemin de la Velodyssée.
Je vois ces dunes que je n’avais pas revues depuis un voyage en 2014. Je reconnais des coins. Je prends une chocolatine. Je vais en haut. C’est calme, c’est aride. Presque Amazonien. Ça me transporte. Je colle mon sticker. Je croise des familles. Je parle à une techcienenne qui fait aussi de vélo. Je me change dans ses toilettes. J’enlève le sable. On continue sur la Eurovelo 1. Plein de campings fermés. L’océan qui m’accompagne.
Biscarrosse me renvoie à de vieux souvenirs de 2014 également. Je croise un apprenti pêcheur (parmi d’autres apprentis sur mon chemin, apprenti conduite, forestier, etc), un vieux couple qui dépose dans une boîte à livre près de mon sticker. Là aussi j’espère avancer. Je fais un gros stop à un Leclerc. Puis on continue. J’ai plein de réserves pour dormir dehors. Je guette la pluie. J’ai pour l’instant eu beaucoup de chance avec la météo. Le soleil se couche mais il y a une chouette énergie. Un estaminet désert mais qui met le sourire. Des points d’eau. Un peu de froid qui arrive. De belles étendues d’eau. Des joueurs de pétanque. Des échassiers. Un mariage. Un aérodrome pour voir un apprenti pilote d’hélicoptère en mangeant.
Alors que le soleil se couche, je vois un spot de camping sauvage à Mimizan. Je traverse une forêt de nuit. Peu agréable avec ce stress de vouloir dormir sereinement quelque part. Je passe un skate park. Je trouve le spot. J’allume le réchaud et la radio Nostalgie. Je mange et garde les restes. Je suis vraiment désespéré. Je songe à aller en ville pour me pose dans un bar et croiser des humains. Ma fatigue et la pluie intense qui survient juste après le repas ont raison de mes hésitations. Je m’endors sans annonce et me réveille 11 heures plus tard.
Jour 5 – dimanche 16 novembre 2025
Il se passe quelque chose ce matin. Un lâcher prise après mon réveil. Il pleut un rien moins. Mais il pleut quand même. Je range la tente. Mais je suis dans mon voyage. Enfin. Je vais vers la plage. Avec une énorme envie d’aller aux toilettes. Soudain un arc-en-ciel !
Ça me fait oublier le reste. Belle photo puis toilettes publiques. Un sticker dedans car c’est la fête. Puis je roule. Je pense un peu plus à filmer le temps qui passe sur mon vélo.
Veau de cycliste du dimanche… normal… c’est dimanche. Je crois que c’est pour ça que mon corps de detend. L’effervescence du weekend est passée. Il y a même des souvenirs d’adolescence qui émergent. Comme ce garçon qui disant Te Quiero aux filles dans ma classe pour les draguer. Pourquoi mon inconscient me raconte ça aujourd’hui… Je veux me prendre en photo car la lumière sur la route est belle. Une cycliste passe près de mon appareil posé sur la. Posté cyclable pendant que je pose. Un deuxième qui semble être le premier voyageur que je croise du séjour. Je lui souhaite bon voyage. Je le croise un peu plus loin. On cherche tous les deux un spot pour un café. On se pose sur une terrasse. Je pensais encore rouler après une pause de 15 minutes. Au final on reste 1h30. On parle a un autre cycliste. Jamal, ce voyageur est superbement inspirant en ayant lâcher sa vie posée dans le Nord pour acheter un vélo et un sac qui ne sont pas à sa taille pour rouler intensément vers le sud. Arriver à la frontière et trouver du travail sur les chantiers. Il est plein de paroles sages. On roule ensemble. On s’amuse. On kiffe. On arrive à Hossegor. Victoire !
Mais surtout on se motive à rouler de nuit pour arriver à Bayonne. On l’a fait.
On célèbre ça au bord des quais. On prend une auberge. On se pose dans l’accueil. Pour finir à faire un tournoi de fléchettes avec une bière et une ambiance folle pour un dimanche soir. Que de rencontres depuis cette auberge. Avec l’euphorie de Jamal je ferai ma plus longue étape de plus de 100km. Je me sentais rouler plus vite grâce à lui.
Jour 6 – lundi 17 novembre 2025
Le check out de l’auberge est à 11h. Je me dépêche. Je sais que je dois partir malgré le mauvais temps annoncé. Jamal sait qu’il reste. Nos 24 heures ensemble commencent à se dephaser. Un dernier café. Puis une grosse pluie ! Intense. Froide. Un deuxième café. Je réarrange mes sacs. Je recharge encore mon téléphone. Je check encore le tracé. Bon, un éclaircie… je démarre à 13h. Encore dans l’espoir de faire plus qu’escompté. Aujourd’hui, je quitte l’Eurovelo vers Irun pour aller vers San Sebastian. Je traverse la frontière. J’ai quelques montées qui me font poser le pied à cause de la charge sur le vélo et la transmission qui me fait toujours transssir.
Pourtant, de beaux paysages une belle lumière. l’Espagne qui m’appelle. Un nuage sombre me suit. Des touristes me regardent mi-intrigués mi-souriants. Des maisons de vacances sont transportées. On rentre dans des zones plus industrielles pleines de charme. Puis Encore une ville balnéaire le long de l’océan. Vidéo hors saison. Je perds 20 minutes à trouver un point d’eau en vain. Des touristes n’aiment pas la présence car la piste cyclable cohabite avec iels. Encore une pluie bien froide de 10 minutes. Le temps de vérifier la trace GPS.
Arrivé en Espagne. Je mets mon enceinte connectée avec du Bad Bunny, c’est de circonstance. Mais là dernière montée créé cette situation que j’ai trop souvent vécue : avoir un contretemps quand je n’ai plus le temps d’en avoir. J’arrive devant des travaux en cours et infranchissables (boue) et je me retrouve dans le noir à rouler tantôt en montée gravel, tantôt sur une route départementale. Rien de serein. Mais j’arrive de nuit à San Sebastian.
C’est moche. Comme toute périphérie de ville. Mais là c’est moyennement accueillant. Je continue et je songe à faire du camping sauvage. Je regarde d’abord cette salle de sport où ça joue à des sports collectifs à l’intérieur, le temps de réfléchir. Je décide d’abord de trouver un café pour manger des croquetas. Délicieux. Le vent au bord de l’eau dehors me pousse à aller à l’auberge. J’en trouve une vide mais sympa et pas chère à côté. Je prends ma douche. Je me prépare pour le lendemain qui s’annonce fou si je tente vraiment Pampelune (je pense en avoir assez vu de l’océan) par les chemins sauvages comme proposés par Cycle.Travel puis je vais en ville me trouver une glace. Les réceptionnistes de l’auberge ont tous l’air d’avoir des histoires de vie hypra intéressantes. Dodo et visite du rooftop le lendemain matin avant de partir.
Jour 7 – mardi 18 novembre 2025
Saint-Sébastien, c’est sympa de jour. Surtout au bord de l’eau. Mais je ne veux pas y trainer. A partir de ce moment là, je commence à avoir moins de notes dans mon application de prise de notes de mon smartphone. Après avoir profité de la vue du rooftop, je regarde sur Cycle.Travel la suite du trajet. Envie d’aller dans les terres, pour changer. Allons à Pampelune ! Mais il n’y a pas de belle route pour y aller. On quitte pendant une longue moitié tout EuroVelo ou chemin équivalent. Pire, cela semble être un chemin gravel. Sachant le poids des sacs, leur instabilité, et le pneu arrière qui commence à sérieusement se détériorer, je ne pars pas serein sur ce chemin de forêt qui monte pendant 30 kilomètres (pas de la grosse pente mais faux plat) et passe par une trentaine de tunnels. Parfois longs de quelques mètres, parfois une centaine. C’est un peu déprimant. Voire oppressant. Les quelques moments au soleil sont satisfaisants. A mi-chemin de la montée, pause midi. Je trouve une boulangerie dans la vallée d’un village. Un client, Jorge, m’encourage. Un autre m’offre du chocolat. C’est plaisant. Je repars regonflé.
Un point d’eau. Encore du gravier. Des chants d’oiseaux. Des poneys. Un soleil qui part en douce. Puis un tunnel de 2,7 km de long ! Heureusement éclairé.
Sortie du tunnel, il fait plus froid, le soleil se fait désirer. Je longe des grandes routes vides et d’autres villages. Je tombe sur un temple bouddhiste en travaux. J’aurais bien été le visiter, sinon.
Quelques sales et courtes montées avant Pampelune. Qui est encore loin car j’ai encore 15 kilomètres à faire pour arriver en son centre. Je note que les chemins vélo en Espagne sont devenus des chemins gravel. Parfois même on croise des chemins en dur avec nos chemins en graviers. Je regrette presque la France avec la Vélodyssée tarmacquée avec ses bosses de racines d’arbres.
Première journée où la météo me met à l’épreuve : zéro degrés dans Pampelune. Je slalome dans les rues. C’est une belle atmosphère, surtout le centre historique avec son stade à corrida. Je songe à squatter un parking dans un angle mort de caméra. Je passe devant un magasin de vinyls. Puis je cherche un pub. Mais je tombe sur une manifestation pour la Palestine. Je parle à une organisatrice qui me présente un écossais et un suédois qui parlent anglais. Ils me disent qu’ils font ça tous les mardis. C’est beaucoup de vieilles personnes d’origine européenne. Je leur demande où je pourrais dormir. Le suédois me guide jusqu’à le refuge des pèlerins, trois rues plus loin. C’est moins cher. Dans de grands dortoirs. Fermeture de la porte à 23 heures et sortie à 8h30 le lendemain. On accepte que je sois pèlerin (avec ma carte à tampon) car je voyage à vélo. Je rencontre un voyageur à vélo comme moi, Jules. On discute beaucoup, on se balade en ville. Puis Nikita, un ancien soldat ukrainien, avec sa copine et leur chien. Et encore d’autres âmes. Un repos dans cette endroit sacré, une bibliothèque avec un livre qui me donnera l’idée du titre de mon projet de documentaire. Je prépare mon vélo. J’oublierai ma carte de pèlerin dans ce refuge en partant le lendemain matin.
Jour 8 – mercredi 19 novembre 2025
Réveil rapide. On fonce avec Jules, Nikita, sa copine et son chien prendre un café au pied du stade. On passe un bon moment. Nikita me donne de quoi fumer. Je tente de repasser au refuge (fermé) pour récupérer mon passeport de pèlerin. En vain. Je démarre doucement, j’hésite à passer par l’EuroVélo 3. Mais je pense d’expérience que aller en ligne un peu plus directe sera salutaire. Pour un peu moins de jolis paysages au début. C’est vallonné, ça grimpe beaucoup, et surtout il y a des panneaux pour que les voitures respectent les cyclistes. Encore un réfuge fermé pour basse saison. Au moins, ça roule aujourd’hui !
Première montée qui fait plaisir à terminer. Chocolat. Photo. Sticker. Et la descente fait encore plus plaisir. Le profite de la vraie déconnexion et des paysages. Komoot me fait passer par un chemin de gravier. J’ai un mauvais pressentiment. Je croise des pèlerins à pied. Je prends quand même ce chemin et il est beau, bien que pas facile. On filme un peu. Il pleut. Cela s’annonçait être la pire journée depuis le début du voyage. Mais je continue. Je roule même vite dans ces descentes de gravier.
Un camping abandonné. Des chevaux sauvages qui me suivent car j’ai de la bouffe. Des travaux. Un petit arc-en-ciel. Des villages presque abandonnés. Et enfin… un refuge en haut du sommet de la journée. J’y reste 30 minutes. Je mange. Il pleut fort. J’espérais ou bien dormir là la veille, ou bien y passer pas trop tard aujourd’hui. Mais au final, il me reste une heure de soleil quand j’y arrive. Et pas de réseau. Mais des oiseaux partout.
Pourtant, arriver au toit de mon voyage est étrange. Je savais que je n’irai pas plus haut que ces 1000 mètres d’altitude, car il y a la neige sur d’autres montagnes, et que je ne voulais pas trainer plusieurs jours dans le froid des hauteurs pour tomber malades ou abîmer mon vélo. Mais cet aspect pèlerin me donne l’impression d’être connecté au ciel à ce moment-là, touché par la grâce. Avec cette pluie et cette sombre lumière. L’effort à vélo renforce cette réceptivité à la connexion au moment et au lieu présent. Je vois un chemin qui part vers le ciel, sans fin. Je le traverse, une grande descente de l’autre côté. Et là, je fonce. Je roule et j’en ai pour 20 km de descente, sous la pluie, trempé, avec la nuit qui se pointe. Je trouve enfin du réseau pour appeler le refuge dont Jules m’a dit avoir été la veille. Je pensais que l’heure limite était 17h30. La dame au téléphone me rassure et me dit que c’est 19h. Ouf. Alors je continue, avec l’impression d’être devenu quelqu’un de nouveau. J’avance. A mi-chemin, en pleine nuit, un accident grave entre deux voitures. Je longe les autres voitures non accidentées qui attendent. Une d’elle de demande ce qui se passe et ce que j’ai vu… « Quelque chose de pas beau ». Je continue, j’ai froid. J’arriverai tout juste avant 19h au refuge à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il y a une italienne, deux brésiliens, et un néerlandais qui trouvent refuge là ce soir aussi. Je fais sécher mes affaires. Douche. Repas copieux. Et chouettes conversations. Ce voyage prend une autre tournure. On va dormir, tout sèchera, sauf mes chaussettes et mes chaussures. Demain, on refait les sacs pour équilibrer.
Jour 9 – jeudi 20 novembre 2025
Ça s’annonce mal ce matin. Pluie toute la journée. Et peu de rayons de soleil. C’est ce que dit la météo. Saint-Jean est mignon pour s’y balader. Aujourd’hui je fonce sur les grandes routes. Pas le temps ! Je crois que je suis épargné par les montées. Mais pas tant !
Je suis officiellement en tenue d’hiver. Un sticker, quelques oiseaux, un « fuck Macron », des béliers, une fausse mairie, une boîte à livre… Parfois ça s’éclaire. Ça reste vallonné. Avec quelques jolies cabanes. Une étape particulièrement vide. Je tombe sur une ville alors qu’une pluie s’annonce. Je suis frigorifié. Je trouve sur Google Maps une pizzeria pas loin. J’y passe une heure. En plein coup de feu.
Les villages déserts continuent leur valse. J’arpente.
Puis soudain un troupeau de moutons. Je les observe. Un chien les dirige. Une dame dirige les chiens. Elle me raconte ce qui se passe. Son compagnon m’offre un café. Quelle belle baraque ils ont.
Ils me racontent comment c’est vide par ici. Comment c’est très nationaliste aussi. Avec les panneaux taggés et retournés pour revendiquer plusieurs choses. Encore une belle vue au loin des Pyrénées enneigées.
Je vise La Commande. Village avant Pau. Car il y a un refuge. Je monte la dernière pente de la journée. Je suis à bout. J’arrive devant le refuge dans le noir. C’est fermé. Exceptionnellement fermé. Je croise quelqu’un à qui je demande s’il y a des alternatives. Je me dis que je peux tirer vers Pau, au pire. Quitte à payer une chambre quelque part. Mais la maire de La Commande vient m’ouvrir. Logiquement contrariée. Mais elle ne voulait pas que je parte dans le noir vers Pau. Logique.
Me voilà avec un refuge complet pour moi tout seul. J’ai un peu peur de cette solitude extrême. Mais je me dis que c’est ce que j’ai voulu. Je voulais l’Espagne, les Pyrénées et la solitude. J’ai eu tout ce que je voulais. Mon voyage pouvait s’arrêter alors.
Ma radio me tient compagnie. J’ai conclus avec la maire de bien nettoyer derrière moi en partant demain matin.
Jour 10 – vendredi 21 novembre 2025
Ici je ne vais pas briller. Nettoyage de La Commanderie. Je bois une cave à vin fermée de l’autre côté de la route. J’écoute Jodie Foster sur France Culture. On repart. Veau chemin. Mais heureusement que je ne l’ai pas fait de nuit la veille. J’arrive dans Pau. J’ai eu un Warmshower qui pouvait me recevoir pour un café à midi. Mais timing trop court. J’aurais espéré ce matin atteindre Orthez ou Lourdes (pour quelqu’un venant de Beauraing, la boucle aurait été bouclée). Mais impossible. J’ai trop froid. Pas envie de faire demi-tour pour le café qui est sur les côtes du Jurançon. Orthez aurait été possible si j’avais évité Pau; et Lourdes est de nouveau un chemin de graviers qui monte. Je me résigne à prendre un bon matcha à Pau et profiter du funiculaire. Puis de prendre un TGV (les TER sont en grève, ou en panne, je ne sais pas) vers Bordeaux. C’est presque la fin de ce voyage. En tout cas sous la forme performative du parcours vélo.
Je vais chez Ambre et Clem. Ils sont adorables et me reçoivent chez eux. Merci Warmshower.
On connecte bien et on a beaucoup parlé.
Je voulais rentrer à Bordeaux et avoir une fin de séjour plus culturelle. Je pensais par moi-même aller à un concert. Ils me proposent du rock dans un bar. Nickel. Petit resto asiatique. Puis quelques bières. Ils se lèvent tôt demain matin. Moi aussi… Pour aller réparer le vélo.
Jour 11 – samedi 22 novembre 2025
Plus aucun plaisir pour rouler. Trop froid (2 degrés). Le mental à basculé sur le fait que c’est fini. Je prends un train pour aller vers Biganos. Bizarre de revenir ici. Petit passage au Aldi à côté du magasin vélo pour avoir un en-cas. Le réparateur prendre la matinée. Je me balade en attendant. Avant de retourner au train et repartir vers la Belgique par un OuiGo puis un Flixbus à Lille.
La descente est forte. Je pensais encore croiser sur monde sur le chemin, ou terminer en apothéose à Lille. Voire aller de Lille à Bruxelles à vélo. Mais je me résigne à me reposer pour ma journée avant la fin de mon congé. C’était tout de même bien. Au moins au kebab à Lille, écouter les gens parler m’occupera avant de « profiter » une dernière fois du froid.
C’est inattendu. Mais j’avais 2 heures à tuer. Alors j’ai marché en attendant la réparation. Je suis allé au port où le sac a défoncé ma roue le troisième jour. C’est reposant. Je veux aller vers un cabanon qui propose des œuvres d’artistes locaux. Mais c’est fermé pour la préparation de l’expo de Noël. Une dame me le dit et parlé de la région. Elle qui a suivi un garde champêtre pour venir ici depuis des dizaines d’années. Elle me dit qu’il y a une promenade de 5 kilomètres le long de l’eau. J’y vais et la lumière et l’air me régénèrent. Il y a un atelier de Tai Chi sur la plage. Des familles et groupes d’amis se promènent. Des joggeurs passent. À mi-chemin le sol est boueux et gelé. Puis ça va mieux. Il y a des vestiges de bancs de pêche dans un océan qui est redescendu. Je me dis que c’est cocasse mais sympa de terminer par une petite rando de quelques kilomètres en endroit que je voulais passer rapidement à vélo une semaine avant. Alors, je me rends compte que quelque soit le rythme avec lequel on va à l’aventure, il y a toujours diverses surprises. Et un goût différents des découvertes.
Je suis en retard pour aller chercher mon vélo.
Etrangement, le retour ensuite vers Lille puis Bruxelles sera encore plus calme et froid. Pour une fois, je me permets un jour de battement avant de reprendre ma vie habituelle. Un dimanche tampon. Je m’apprêtais à digérer ce voyage. Bien rempli, plein de problèmes techniques, pas vraiment prévu, et pourtant l’un des plus instructifs et beaux que je pouvais vivre jusqu’ici.